Représentations en tension ı|ı·•·ı|ı·•·ı|ı·•·ı|ı·•·ı|ı·•·ı|ı Representations in tension

Each abstract is available in French and in English!
Le résumé de chaque communication est disponible en français et en anglais!

Publication des communications | Papers release date: June 20, 2020.
Discussion | Q&A Session: Mardi 23 juin 2020 | Tuesday June 23, 2020.
20.00-21.00 CEST (Paris) | 19.00-20.00 BST (London) | 14.00-15.00 EDT (NY) | 11.00-12.00 PDT (LA)

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Introduction

L’histoire des luttes LGBTI est, on le sait, mouvementée. Les émeutes de Stonewall en 1969, événement largement référencé par le militantisme LGBTI contemporain, sont sans doute la réaction la plus célèbre à de multiples vagues de répressions qui se sont abattues au fil des décennies sur les communautés LGBTI et queer. Des politiques de répression et de pénalisation de l’homosexualité aux meurtres et agressions LGBTIphobes, l’histoire est jalonnée de conflits. Aujourd’hui encore la situation est loin d’être apaisée. De là émergent des formes de tension. Ces tension, qu’elles prennent place à une échelle collective, sociale ou individuelle, se trouvent parfois au cœur de représentations artistiques et culturelles : c’est ce qu’explore ce troisième panel du colloque.

Les deux premières communications interrogent tout d’abord les liens entre homosexualité, homophobie et milieux socio-culturels.

Céline Berdaguer, lectrice d’allemand à l’Université Paris-Nanterre, nous offre ainsi une analyse comparée des romans En finir avec Eddy Bellegueule (Édouard Louis) et On ne choisit pas qui on aime (Marie-Clémence Bordet-Nicaise). À la lumière de ces œuvres, elle interroge les différentes manifestations de l’homophobie au prisme des classes sociales.

Yacine Chemssi, doctorant à la University of Pittsburgh, se penche quant à lui sur le film Les Corps Ouverts de Sébastien Lifshitz. Il propose de questionner par ce biais l’expérience de la sexualité queer parmi la génération « beur », dans la France des années 1990. Sa communication suggère ainsi une intéressante considération de la dialectique du privé et du public.

Enfin, Amélie François, doctorante à l’Université de Lille, pousse cette réflexion sur un terrain particulièrement contemporain : celui des plateformes et des réseaux socio-numériques. En interrogeant la censure subie par les artivistes Stephanie Sarley et Arvida Byström, elle considère non seulement les intérêts et les limites d’un certain activisme en ligne, mais ouvre également une réflexion sur les circulations transmédiatiques : de la publication numérique à la publication papier.

Ces trois communications proposent ainsi un regard critique et nuancée sur les représentations de l’homophobie ou de la censure.

Louise Barrière.

The history of LGBTI and queer movements is eventful – this sentence should not surprise any of our readers. Decade after decade, the LGBTI and queer communities faced various forms of repression. The 1969 Stonewall Riots are probably the best-known reaction to such violence, and are largely referenced in contemporary activism. From repressive politicies, to the criminalisation of homosexuality, to LGBTIphobic agressions and murders, our history is marked with conflicts, from which tensions constantly arise. And the current situation is still far from peaceful. Tensions continue to happen at collective, social or personal scales. This third panel thus explores how they are depicted in art and cultural productions.

The first two papers interrogate the links between homosexuality, homophobia and socio-cultural spaces.

Céline Berdaguer is German-language assistant at the Université Paris-Nanterre. In her paper, she provides a comparative analysis of two contemporary French novels: En finir avec Eddy Bellegueule (Édouard Louis) et On ne choisit pas qui on aime (Marie-Clémence Bordet-Nicaise). Thereby, she questions how homophobia(s) manifest themselves in relation to social classes.

Yacine Chemssi is a PhD Candidate at the University of Pittsburgh. He looks at Sébastien Lifshitz’s movie, Les Corps Ouverts, and proposes to interrogate the « queer experience » of the « beur » generation in 1990s France. His paper underpins an interesting view of the private vs. public dialectic.

Finally, Amélie François is a PhD Candidate at the Université de Lille. She takes the panel’s reflection to an utterly contemporary field site: that of social medias and online platforms. Discussing Instagram’s decision to censor the publications of Stephanie Sarly and Arvida Byström, she does not only consider the interests and limits of a certain online activism, but also opens up a reflection on transmedia circulations: from digital to print publications.

Each of these three papers offers a critical and nuanced glimpse in the representations of homophobia(s) and censorship.

Louise Barrière.

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ABSTRACTS

Céline Berdaguer, “Homophobies et classes sociales dans En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis et On ne choisit pas qui on aime de Marie-Clémence Bordet-Nicaise”

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Language: Français.

Abstract:
Homophobias and social class in Édourd Louis’ En finir avec Eddy Bellegueule (The End of Eddy) and Marie-Clémence Bordet-Nicaise On ne choisit pas qui on aime.”

Both published in the last decade, the French contemporary autobiographical novel En Finir avec Eddy Bellegueule (The End of Eddy, Édouard Louis) and the autobiography On ne choisit pas qui on aime (“You don’t chose who you love”, Marie-Clémence Bordet Nicaise) take a stand against homophobia. In both cases, social class plays a predominant role. As described in these books, I suggest that homophobia takes different shapes depending on the social milieu. In En Finir avec Eddy Bellegueule, homophobia mostly manifests itself within popular spaces, while in On ne choisit pas qui on aime, homophobia is the product of the bourgeoisie and the upper-class. In which ways is intersectionality, and more specifically the entanglement of sexuality and social class, represented in these books? How do these two depictions of homophobia alternatively converge and diverge? Answering these questions could benefit to a better understanding of the representations of homophobia in contemporary French literature.

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Résumé:

Dans les romans autobiographiques français contemporains En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis et On ne choisit pas qui on aime de Marie-Clémence Bordet Nicaise qui ont été publiés lors de la dernière décennie, l’homophobie est dénoncée. Les milieux sociDans le roman autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis et l’autobiographie On ne choisit pas qui on aime de Marie-Clémence Bordet Nicaise, qui ont été publiés lors de la dernière décennie, l’homophobie est décrite. Les milieux sociaux jouant un rôle important dans ces deux œuvres, nous pouvons émettre l’hypothèse que l’homophobie se manifeste différemment selon le milieu social et que ces différentes manifestations de l’homophobie sont décrites dans la littérature française. En effet, dans ces deux œuvres, les manifestations homophobes ont lieu dans différents milieux sociaux. Dans En finir avec Eddy Bellegueule, c’est majoritairement dans un milieu populaire qu’a lieu la violence homophobe, alors que dans On ne choisit pas qui on aime il s’agit plutôt d’un milieu aisé et bourgeois. Quels sont les points communs et les différences dans la description des homophobies dans ces deux œuvres? L’homophobie, telle qu’elle y est représentée, se manifeste-t-elle différemment selon le milieu social? Ces questions méritent d’être étudiées afin d’aboutir à une meilleure compréhension de la description de l’homophobie dans la littérature française contemporaine tout en ayant une approche intersectionnelle.

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Yacine Chemssi, L’espace de la sexualité queer dans Les Corps Ouverts (1998).”

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Language : Français

Abstract :
Queer sexuality and space in Les Corps Ouverts (1998).

Sébastien Lifshitz’s Les Corps Ouverts (1998) is one of the first movies addressing the queer sexual experiences of the French “beur” generation (the French expression “génération beur” designates a cohort born in France around the 1980s, and whose parents migrated from Maghreb – Translator note) of the 1990s. Contrary to previous research on this movie, my analysis considers the impact of religion and the French-Maghrebi culture on the subjective experience of sexuality made by Rémi, one of the “beur” character of the narrative. When Rémi chooses his sexuality, the French-Maghrebi space where he lives rejects and overshadows such a sexual experience.

Space critically impacts Rémi’s sexuality. The character lives a private experience of queerness, while hiding it in public. In private, he embodies a sexual fluidity and nurtures several happy relations with both men and women. Yet, he refuses to publicly admits having such relations, due to his cultural and religious Maghrebi heritage, that specifically manifests itself in the family sphere. The private vs. public tension, in which Rémi grows, resounds with an idea framed by Didier Eribon (1999). Eribon indeed posits that the public gaze transforms the subject (here, Rémi) into an object, in order to stigmatize, silence or shame him.

Rémi, as Eribon terms it, reclaims the sense of his sexuality from the private “interior”, and refuses to accept it from the public “exterior”. The public, while imposing a heteronormative sexuality on him, also represents a form of authority that represses his queerness. Meanwhile, the private is a space of sexual liberty.

In this paper, I reinterpret the space where Rémi lives in order to analyse his conflictual relation with his sexuality. I show that the complex sexual experience of Rémi isn’t solely due to a transition between teenage years and adulthood, but also to a complex social and cultural background.

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Résumé :

Les Corps Ouverts (1998) de Sébastien Lifshitz est l’une des premières oeuvres artistiques qui portent sur la subjectivité de l’expérience sexuelle queer parmi la génération beur en France pendant les années 1990. Dans son article “Bodies That Loiter: Genre, Generation and Subjectivity in Les Corps Ouverts”, Hardwick (2004) analyse les relations entre les “loiterly approaches” et les concepts de l’identité et de la marginalité dans Les Corps Ouverts (1998). Hardwick considère Rémi comme un “autre” marginal qui est en transition de l’adolescence à l’âge adulte. Tout en admettant l’argument de Hardwick, la présente analyse adopte une optique qui prend en considération l’influence de l’élément de la culture franco-maghrébine et celui de la religion sur l’expérience subjective de la sexualité de Rémi en tant que beur. Au moment où Rémi choisit sa sexualité, l’espace franco-maghrébin où il vit refoule cette expérience sexuelle et la pousse à rester dans l’ombre.

L’espace influence de façon critique la sexualité de Rémi dans le sens où il vit une expérience queer dans le privé qu’il évite de déclarer en public. Dans le privé, il vit une fluidité sexuelle; il mène plusieurs relations sexuelles avec des hommes comme avec des femmes et il est content de le faire. Cependant, quand il s’agit de relations en public on le voit refuser ou hésiter à assumer ses relations. Ce refus est d’un côté lié à son héritage religieux et culturel maghrébin qu’on voit se manifester dans l’espace familial notamment à travers son langage avec son père et de l’autre côté au regard de « l’autre » comme Éric et l’enseignante qui le qualifient d’étranger. La pression de ces deux contextes fait en sorte que Rémi vit une sexualité queer, libre dans le privé et refoulée dans le public. Cette situation du privé/public dans laquelle se trouve Rémi représente bien l’idée d’Eribon (1999) qui parle d’un regard de l’autre (le public) qui transforme le sujet (Rémi) à un objet et par la suite le stigmatise et le réduit au silence ou à la honte.

Rémi, comme dit Eribon, reprend le sens de sa sexualité de l’intérieur “privé” au lieu de l’accepter de l’extérieur “public” pour construire son expérience sexuelle de queer. Le public lui impose une sexualité hétéronormative mais aussi représente une autorité qui refoule sa queerness alors que le privé et pour lui un espace où il vit son expérience de queer en toute liberté. La problématique de cette recherche est de réinterpréter l’espace où Rémi vit et d’analyser la relation conflictuelle de ce dernier avec sa sexualité. L’idée que j’avance dans cette analyse est que l’expérience sexuelle de Rémi n’est pas seulement liée à une transition entre l’adolescence et l’âge adulte, comme dit Hardwick, mais aussi de son appartenance à un espace social et culturel très complexe qui refoule cette sexualité et la réduit au privé.

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Amélie François, “Mise en avant de diverses subjectivités et sexualités sur Instagram. Le cyber-artivisme de Stephanie Sarley et d’Arvida Byström.”

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Language: Français

Abstract:
Showcasing diverse subjectivities and sexualities on Instagram. Stephanie Sarley and Arvida Byström’s cyber-artivism.”

Since 2015, using fruits and vegetables to represent genitals, the young American artist and cyber-activist Stephanie Sarley (born in 1988) ambiguously depicts self-masturbation in a series of photos and videos entitled Fruit Art. Within the short scenes she captures, she creates a pornographic aesthetic made of fragmented, faceless bodies. Her own hands realistically manipulate the food and simulate a variety of sexualities, from “conventional” practices, to more marginalised ones, such as BDSM.

Though initially dedicated to depict female autosexuality, she frequently blurs the boundaries between gender, using formally multisexed fruits and vegetables, or, more and more recurring, phallic foodstuffs.

Arvida Byström (born 1991), a queer, pansexual and polyamourous Swedish artist and cyber-activist, also pictures fruit analogies in a visual atmosphere that I would term “girly”. Thereby, she provokes new interrogations on gender. In 2017, she co-wrote Pics or it didn’t happen: Images banned of Instagram with Molly Soda. The book offers a new visibility and survivorship to a selection of 250 images, deleted by the platform for more or less understandable reasons. The authors thereby question the severity of Instagram terms of use, the platform’s censors, as well as the body taboo, all marginalising each non-normative identity, sexuality and embodiment.

Drawing on these two case studies, my paper questions the links between LGBTQI communities, BDSM practices, pro-sex feminism, metapornography and cyber-activism. I address, more specifically, the following questions: how do these artists’ pictures, showcasing marginalised practices and blurring boundaries between genders, may support LGBTQI causes? Speaking of means of dissemination: how relevant are platforms, such as Instagram, for such activism? And how may artists deal with their limits and censorship? Finally, I also question the prevalence of rhetoric, which seems primordial in a picture-based cyber-activism. To answer these questions, I analyse both the images, the reactions they raised, and the discourse of the artists.

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Résumé:

Dans sa série photographique et vidéographique Fruit Art, débutée en 2015, la jeune artiste cyberactiviste américaine Stephanie Sarley (née en 1988) met en scène l’automasturbation de manière ambiguë, en utilisant fruits et légumes comme analogies aux sexes. Elle reprend et détourne, dans ces saynètes, une esthétique pornographique constituée de corps morcelés et dénués de visagéité. Ses mains manipulent les aliments avec réalisme et viennent simuler des sexualités variées, allant de pratiques dites « conventionnelles », à des pratiques souvent marginalisées, telles que le BDSM. Bien qu’initialement vouée à représenter une autosexualité féminine, elle brouille également les frontières préétablies entre les genres de manière fréquente, par l’usage de fruits ou légumes formellement multisexués, ou encore par l’usage, de plus en plus récurrent, d’aliments phalliques. Arvida Byström (1991), artiste cyber-activiste d’origine suédoise, queer, pansexuelle et adepte du polyamour, met également en scène des analogies fruitières dans un univers visuel que l’on pourrait qualifier de girly, provoquant à nouveau une interrogation sur les genres. L’ouvrage Pics or it didn’t happen. Images banned of Instagram, coécrit avec Molly Soda en 2017, apparaît comme un hommage visant à redonner une visibilité, une survivance, à une sélection de deux cent cinquante images supprimées par la plateforme pour des raisons plus ou moins acceptables – interrogeant la sévérité des conditions d’utilisation et la censure acharnée qu’elles entraînent, qui tabouise les corps et marginalise tout·e identité, sexualité ou physique sortant des normes préétablies. À travers ces deux études de cas, cette intervention questionnera les liens entre communautés LGBTQI, pratiques BDSM, féminisme pro-sexe, métapornographie et cyberactivisme. Nous aborderons plus précisément les questions suivantes : les imageries développées par ces artistes, notamment les ouvertures sur des pratiques marginalisées et le brouillage systématique des genres qu’elles proposent, peuvent-elles servir la cause LGBTQI ? Concernant les méthodes de diffusion choisies, quelle importance revêtent des plateformes telles qu’Instagram dans leur activisme et comment composer avec les limites qu’elles imposent à travers la censure ? Nous questionnerons également l’importance de la rhétorique, qui semble primordiale dans le cadre d’un cyber-activisme par les images sur des plateformes extrêmement populaires. Ces problématiques seront abordées par le biais d’une analyse des imageries, des réactions qu’elles suscitent et par l’analyse des discours tenus par ces artistes.

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