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Résumé

Les Corps Ouverts (1998) de Sébastien Lifshitz est l’une des premières oeuvres artistiques qui portent sur la subjectivité de l’expérience sexuelle queer parmi la génération beur en France pendant les années 1990. Dans son article “Bodies That Loiter: Genre, Generation and Subjectivity in Les Corps Ouverts”, Hardwick (2004) analyse les relations entre les “loiterly approaches” et les concepts de l’identité et de la marginalité dans Les Corps Ouverts (1998). Hardwick considère Rémi comme un “autre” marginal qui est en transition de l’adolescence à l’âge adulte. Tout en admettant l’argument de Hardwick, la présente analyse adopte une optique qui prend en considération l’influence de l’élément de la culture franco-maghrébine et celui de la religion sur l’expérience subjective de la sexualité de Rémi en tant que beur. Au moment où Rémi choisit sa sexualité, l’espace franco-maghrébin où il vit refoule cette expérience sexuelle et la pousse à rester dans l’ombre.

L’espace influence de façon critique la sexualité de Rémi dans le sens où il vit une expérience queer dans le privé qu’il évite de déclarer en public. Dans le privé, il vit une fluidité sexuelle; il mène plusieurs relations sexuelles avec des hommes comme avec des femmes et il est content de le faire. Cependant, quand il s’agit de relations en public on le voit refuser ou hésiter à assumer ses relations. Ce refus est d’un côté lié à son héritage religieux et culturel maghrébin qu’on voit se manifester dans l’espace familial notamment à travers son langage avec son père et de l’autre côté au regard de « l’autre » comme Éric et l’enseignante qui le qualifient d’étranger. La pression de ces deux contextes fait en sorte que Rémi vit une sexualité queer, libre dans le privé et refoulée dans le public. Cette situation du privé/public dans laquelle se trouve Rémi représente bien l’idée d’Eribon (1999) qui parle d’un regard de l’autre (le public) qui transforme le sujet (Rémi) à un objet et par la suite le stigmatise et le réduit au silence ou à la honte.

Rémi, comme dit Eribon, reprend le sens de sa sexualité de l’intérieur “privé” au lieu de l’accepter de l’extérieur “public” pour construire son expérience sexuelle de queer. Le public lui impose une sexualité hétéronormative mais aussi représente une autorité qui refoule sa queerness alors que le privé et pour lui un espace où il vit son expérience de queer en toute liberté. La problématique de cette recherche est de réinterpréter l’espace où Rémi vit et d’analyser la relation conflictuelle de ce dernier avec sa sexualité. L’idée que j’avance dans cette analyse est que l’expérience sexuelle de Rémi n’est pas seulement liée à une transition entre l’adolescence et l’âge adulte, comme dit Hardwick, mais aussi de son appartenance à un espace social et culturel très complexe qui refoule cette sexualité et la réduit au privé.

Abstract
Queer sexuality and space in Les Corps Ouverts (1998).

Sébastien Lifshitz’s Les Corps Ouverts (1998) is one of the first movies addressing the queer sexual experiences of the French “beur” generation (the French expression “génération beur” designates a cohort born in France around the 1980s, and whose parents migrated from Maghreb – Translator note) of the 1990s. Contrary to previous research on this movie, my analysis considers the impact of religion and the French-Maghrebi culture on the subjective experience of sexuality made by Rémi, one of the “beur” character of the narrative. When Rémi chooses his sexuality, the French-Maghrebi space where he lives rejects and overshadows such a sexual experience.

Space critically impacts Rémi’s sexuality. The character lives a private experience of queerness, while hiding it in public. In private, he embodies a sexual fluidity and nurtures several happy relations with both men and women. Yet, he refuses to publicly admits having such relations, due to his cultural and religious Maghrebi heritage, that specifically manifests itself in the family sphere. The private vs. public tension, in which Rémi grows, resounds with an idea framed by Didier Eribon (1999). Eribon indeed posits that the public gaze transforms the subject (here, Rémi) into an object, in order to stigmatize, silence or shame him.

Rémi, as Eribon terms it, reclaims the sense of his sexuality from the private “interior”, and refuses to accept it from the public “exterior”. The public, while imposing a heteronormative sexuality on him, also represents a form of authority that represses his queerness. Meanwhile, the private is a space of sexual liberty.

In this paper, I reinterpret the space where Rémi lives in order to analyse his conflictual relation with his sexuality. I show that the complex sexual experience of Rémi isn’t solely due to a transition between teenage years and adulthood, but also to a complex social and cultural background.

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Yacine Chemssi

Yacine Chemssi is a PhD student and a teaching Fellow at the University of Pittsburgh, USA. His research investigates issues of migration, gender and identity representations of Maghrebi immigrants and their descendants in contemporary France. In his research, Yacine uses a multidisciplinary approach with a focus on gender, history, visual culture, religion, and postcolonial studies. Yacine holds a MA from the University of Luxembourg, a MBA from the University of Wales, and was trained as a terminologist at the European Parliament.