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Résumé

Dans cette communication nous nous proposons d’aborder en premier lieu les autoportraits travestis réalisés au vingtième siècle afin de poser un cadre à notre discours, mais aussi de nous positionner face aux relectures des corpus antérieurs aux théories et vocabulaires queers. Nous proposons de traiter d’artistes tel·les que Claude Cahun, Luciano Castelli, Pierre Molinier. Claude Cahun par exemple a eu une pratique de l’autoportrait singulière, ou passant d’un genre à l’autre, rien ne paraissait naturel, tout était joué ; nous pourrions presque le considérer comme du proto-drag.

Dans un second temps nous nous concentrerons sur les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence qui oscillent entre performance artistique et action politique. Elles traversent le temps en demeurant fidèles à leurs premiers combats comme la prévention contre le sida et la défense de la communauté. Nous pourrons interroger leur pratique entre politique et drag, entre quotidienneté et spectacularisation.

Enfin, nous finirons sur la pratique performative queer actuelle, qui est diverse et exponentielle.

Nous retrouvons des artistes performant en centres d’art, comme Steven Cohen ou Sasha Velour, et des artistes préférant les lieux alternatifs comme la plupart des artistes drag (Aaliyah Xpress, Jeanne d’Abus, etc). Le drag permet dans la scène actuelle de revendiquer une sortie du placard spectaculaire, nous pourrions même dire une spectacularisation de la sortie du placard. Les artistes drag deviennent des sortes de symboles de la communauté queer, qui se rencontrent lors des shows.

Chacun·e a leur manière expérimente les possibilités corporelles et identitaires politiques, queer, revendicatives. Il s’agirait ici d’étudier les lieux d’activités de ces artistes, et donc leurs lieux de militantisme.

Par les décennies les messages, derrière la pratique du travestissement, se sont affinés et multipliés, tout comme le nombre de leurs pratiquant·es. Cette pluralité permet d’y rencontrer des corporéités militantes, des expérimentations, des stratégies politiques que nous tentons d’étudier.

Abstract
Performative praxes and identity experiments: politicising the body”

In this paper, I first analyse female- and male impersonation in self-portraits from the 20th century. Thereby, I propose new readings of an art that appeared before queer theories and vocabulary. I address the work of artists such as Claude Cahun, Luciano Castelli or Pierre Molinier. Cahun, for instance, had a singular conception of self-portraits, switching between genders, leaving nothing to the natural. We could read her work as “proto-drag”.

In a second part, I look at the political art performance of the Sisters of Perpetual Indulgence. Loyal to their early fights, defending the queer community in the context of the AIDS crisis, they crossed the boundaries of time. I question their use of drag as a political practice between dailiness and spectacularisation.

Finally, I examine the contemporary queer scene and its diversity. On the one hand, I introduce artists performing in institutional art centres, such as Steven Cohen or Sasha Velour. On the other, I bring up alternative performers, such as Aaliyah Xpress or Jeanne d’Abus. In this context, drag provides a spectacular coming out, if not a spectacularisation of the coming out. These drag performers are the symbols of a queer community that gathers at their shows. Each of them experiment with corporal and identitarian political, queer and vindicating possibilities. I, therefore, look at the places of their performances as places of queer activism.

Decade after decade, the messages of drag performances have sharpened and multiplied, and the number of participants involved in drag scenes has grown. Such a diversity of practices allows for the existence of activist embodiments, experimentations and political strategies, that my work underpins.

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Marion Cazaux

Marion Cazaux est doctorante en histoire de l’art contemporain pour la deuxième année, à l’université de Pau et des pays de l’Adour, au sein du laboratoire ALTER. Son travail de recherche s’intitule « Auto-représentations et pratiques performatives queers, de 1980 à aujourd’hui », sous la direction de madame la professeure Sabine Forero-Mendoza. Outre son travail de recherche, elle publie des articles en ligne (accès gratuit) autour des arts féministes et/ou queers, ainsi que sur la pratique du travestissement. Marion Cazaux organise des expositions depuis cinq ans, qui se centrent depuis quatre ans sur les thématiques féministe et queers. Les précisions à propos de ses articles, expositions et conférences sont disponibles sur son site : mhkzo.com.