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Résumé

Ce qu’Act Up aura entre autres montré, c’est l’imbrication des pratiques activistes et artistiques. En visibilisant les personnes atteintes du VIH, en leur ouvrant des espaces de parole et de lutte, Act Up aura aussi permis de comprendre la place centrale du corps dans ces pratiques, la gestion quotidienne de ce corps, traversé d’affects, et sa nécessaire performance dans l’espace public comme dans des espaces safe.

De récentes publications, en particulier Ce que le sida m’a fait (Lebovici, 2017) et Pour une esthétique de l’émancipation (Alfonsi, 2019), permettent de redévelopper cette importance du corps vecteur de pratiques transformatrices. Ces pratiques corporelles sont des pratiques de résistance et de contestation face à un ordre hétérocisnormatif toujours vaillant. Cette intervention propose d’aller voir ce qu’il se passe aux limites de l’art, lorsqu’il n’y a plus d’artiste, plus d’œuvre, mais qu’il y a bel et bien des performances de corps queer. En dissolvant les limites entre l’art et la vie, il devient possible de mettre en relief des pratiques queer quotidiennes. La notion d’esthétique militante de l’existence sera développée pour mettre en lumière la contestation queer du quotidien, à l’intersection de l’artivisme et des micropolitiques queer. De Kaprow (L’art et la vie confondus) à l’esthétique de l’existence de Foucault il n’y a alors qu’un pas. Une relecture queer de Michel de Certeau apparaît stratégique, pour distordre la norme depuis le quotidien et en faire un espace de subversion. Il s’agit en somme de repenser le slogan « le personnel est politique ». Il sera question de pratiques quotidiennes, d’espaces queers où se jouent tant des affects que des performances corporelles y compris scéniques (scènes ouvertes queer, scènes drag, comme a pu le faire le mouvement voguing), de tatouage, de photographie… Le tout sera connecté à l’ensemble des pratiques queers.

Abstract
A body of one’s own.”

ACT UP surely has demonstrated how activist and art praxes intersect. By giving HIV-positive people visibility and opening spaces for their experiences and their fights, ACT UP offered us a possibility to understand the centrality of the body in these practices, the daily management of the body and its affects, and the necessity to perform them in public and safe(r) spaces.

Recent publications, such as Ce que le sida m’a fait (Lebovici, 2017) (“What AIDS has done to me”), and Pour une Esthétique de l’Émancipation (Alfonsi, 2019) (“For an Aesthetic of Emancipation”), have allowed for a redevelopment of these embodied practices contesting the still thriving cisheteronormative order. My paper aims to look at the limits of art, when there is no artist anymore, no work, but the performances of queer bodies. Merging the boundaries between art and life, queer daily practices are underpinned. The concept of a militant aesthetic of living is developed to shed light on the queer contestation of the everyday life, at the crossroads between artivism and queer micro-politics. There’s thus only a short step between Kaprow (Art as Life) and the foucaldian aesthetics of existence. A queer reading of Michel de Certeau appears likely to distort the norm of the daily life and transform it into a subversive space.

By rethinking the slogan “the personal is political”, I analyse daily practices, queer spaces where affects and body performances are at play (including queer open stages, the drag scenes, the voguing movement), tattoo, photography… as they are connected to queerness.

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« MON CORPS M’APPARTIENT »

« Mon corps m’appartient », scandaient les féministes dès les années 60 pour revendiquer le droit à l’avortement et à la contraception. Pourtant, notre corps ne nous appartient pas. Foucault nous l’aura bien expliqué, nos corps sont surveillés et subissent diverses formes de domination. Les politiques actuelles d’enfermement face au coronavirus, le plan Vigipirate et les répressions policières violentes nous le confirment encore et toujours. Preciado, développant la notion de pharmacopornopouvoir1, nous l’explique également. Nos flux, nos déplacements, nos genres, nos sexualités font l’objet de normalisations et de régulations. Les corps répondent à de nombreuses injonctions : sexe, couleur de peau, âge, poids… qui sont autant d’éléments visuels nous déterminant socialement. Le corps dominant est le corps de la norme. Celui-ci se construit et se renforce en opprimant les corps minoritaires : ceux des migrant·es, des racisé·es, des personnes handicapées, des queers. Ces personnes développent d’autres sortes de corporéités qui prolifèrent en outrepassant ces normes2. Par exemple, les personnes trans* et queers sont soumises à des dispositifs médico-légaux qui les empêchent de déterminer leur genre librement. En réaction, elles développent des stratégies d’autodétermination qui échappent à ces dispositifs et leurs permettent une production de genre non régulée par l’état ou non binaire3.

Nos corps devraient nous appartenir. Non pas comme un objet, mais comme un espace à s’approprier, comme on a besoin d’une chambre à soi pour s’inventer en dehors des modèles dominants, comme on occupe politiquement un lieu public. C’est ce dont il sera question ici : des stratégies queers pour se construire en dehors des normes corporelles. L’angle d’approche sera celui du quotidien, là où se mêlent l’artistique et le militantisme, nous rappelant continuellement que « le personnel est politique ».

« WE ARE HERE, WE ARE QUEER »

Avec cette déclaration, le groupe Queer Nation4 encourageait les queers à promouvoir leur visibilité. Rappelons brièvement que « queer » désigne avant tout un militantisme opposé à tout système normatif et qui pense les rapports classe/race/genre dans une logique intersectionnelle. Le militantisme queer est mené par des personnes minoritaires, aux pratiques corporelles, sexuelles et de genre subversives. Queer ne renvoie ni à une essence ni à une identité, mais à un ensemble de pratiques militantes qui déconstruisent les normes et en multiplient les alternatives, qui résistent aux pouvoirs en place, et qui proposent une critique systémique. Les corps queers sont ceux qui opèrent une « résistance aux régimes du normal »5. Ils sont visibles dans l’espace public, marqués en tant que tel, comme nous le rappel le fait que « queer » soit au départ une insulte envers les personnes dont le genre ne correspond pas aux normes attendues. Cette visibilité a toujours été un enjeu des luttes queers. Qu’il s’agisse d’Act Up, du FHAR ou des premières prides, les corps queers se montrent et revendiquent leur existence. Un corps queer est en lui-même une critique du système hétérocisnormatif6 et nous retrouvons ces arguments dans le Queer Nation Manifesto7. Les corps queers sont présents dans l’espace public comme un virus venant contaminer l’ordre établi, perturbant la culture visuelle hégémonique. Une action comme Gendershoot illustre ces propos : ce projet a consisté, durant les débats du « mariage pour tous » (années 2012 et 2013), à afficher dans les rues de Paris des portraits de personnes non hétéronormatives. Ces personnes étaient figurées de pied, taille réelle, avec entre les mains un mot leur permettant de s’identifier. Ces images donnent corps aux personnes queers. Il en est de même avec L’invasion du djendeur, une action menée par le collectif Djendeur Terroristas en 2014 : on pouvait lire sur des affiches des déclarations comme « ton employé est trans, ton enfant aussi » ou « ton pêcheur est PD et ton chanteur aussi ». Écrites dans une typographie rappelant les productions de Gran Fury8 et reposant sur les mêmes stratégies de détournement des procédés médiatiques, ces affiches font s’immiscer des identités subversives là où on ne les attend pas. Matthieu Hocquemiller nous donne un autre exemple avec l’oeuvre Le corps du roi (2018), une oeuvre entre performance et chorégraphie qui réfléchit aux injonctions subies par les corps et rend hommage aux vies queers et à leurs résistances corporelles.

Ces articulations entre corps, productions artistiques et militantisme étaient déjà présents dans les actions d’Act Up9 et nous les retrouvons dans le quotidien.

« TON CORPS EST UN CHAMP DE BATAILLE »

Your Body Is A Battleground. La formulation revient à l’artiste Barbara Kruger. Elle apparaît sur ce qui est à la fois une oeuvre et une pancarte pour les manifestations en faveur du droit à l’avortement. Elle fait du corps un champ de bataille politique. La politisation et la visibilisation du corps queer commence au niveau le plus banal : que faire de ses cheveux ? De ses poils ? Ce corps sera celui qui marche, qui sort, qui danse. Mais dans quelles rues ? Dans quels lieux publics ? Dans quels commerces ? Avec quels vêtements ? C’est dans ce quotidien que l’on peut expérimenter des résistances aux technologies du genre : se maquiller ou non, s’épiler ou pas, arrêter de se peser, prendre ou ne pas prendre la pilule, s’habiller et comment, sont autant de gestes et de non-gestes liés à la discipline corporelle et à sa possible déconstruction. Ma gestion de mon corps définira nombre de mes interactions sociales, ce qu’explique bien Rachele Borghi10. Le quotidien est un espace d’expérimentations, d’interrogations, et c’est déjà là que s’entremêlent art et activisme queer. Le corps rend poreuse la frontière entre l’intime et le public, le personnel et le politique.

Envisager son quotidien et la gestion de son corps dans une perspective artistique permet de s’extraire des injonctions corporelles. En portant une attention particulière aux gestes anodins, il devient possible de transformer le quotidien. Il s’agit de le performer comme une oeuvre d’art, pour subvertir les mécanismes de la performativité du genre11. Cette idée est à connecter à la fois aux propos de Michel Foucault sur l’esthétique de l’existence et à la confusion de l’art et la vie dont parle Kaprow :

Michel Foucault demandait à ce que l’art redevienne un élément de la vie et de l’individu. Autrement dit, il s’agit d’étendre l’art à une dimension de l’existence12. Foucault parle de l’art de vivre comme d’un outil de réinvention de soi et de résistance aux modèles normatifs établis. En somme, faire de sa vie une oeuvre d’art, c’est rendre possible une résistance. On se souvient de ce que dit Butler sur la performativité du genre : celle-ci comme toute performativité régulée socialement se base sur la répétition et la réitération de gestes, d’actes, de paroles. Dès lors, l’idée foucaldienne qu’il faut faire de sa vie une oeuvre d’art amène à résister à cette performativité normative et oppressive. Cette résistance passe par la reprise en main de son quotidien, de son intimité, dans une démarche de création. Des artistes dont les transformations corporelles sont quotidiennes ou permanentes, comme ORLAN, Claude Cahun, ou Leigh Bowery, sont dans ce genre démarche.

Kaprow, plus que faire de sa vie une oeuvre, réfléchit à la façon dont les happenings font partie de la vie. Pour lui, les deux domaines sont indiscernables13. Le quotidien, dès lors qu’il est réfléchi, affirmé ou réinventé, permet de basculer dans une démarche artistique. Lier l’art et la vie relève alors de l’expérience. Il s’agit de jouer avec les règles, les normes, pour les expérimenter. La démarche artistique possède une fonction de questionnement qui peut s’étendre à tous les domaines. Ainsi le quotidien devient un lieu de transformation de soi et de résistance aux injonctions.

RÉSISTANCE = EXISTENCE14

L’intime et le quotidien sont donc des dimensions importantes tant pour la construction individuelle que pour résister aux diverses normes sociales et politiques qui s’exercent sur les corps. S’intéresser à l’intime et au quotidien, c’est s’intéresser à une résistance aux normes à un niveau micropolitique. Je ne prendrai ici qu’un seul exemple, qui sera celui d’une soirée militante queer.

Une soirée queer peut avoir lieu dans tout espace public ou privé (bar, local, maison particulière, squat, en intérieur ou extérieur, en milieu urbain ou non). Elle est un temps donné dans un espace safe15. Elle croise divertissement et discours militants, le plus souvent en non-mixité choisie. Elle peut être considérée comme un lieu hétérotopique16 qui permet l’expérimentation d’autres styles de vie17. La soirée queer s’inscrit dans cette lignée. Il s’agit d’un espace temps qui correspond à d’autres modes d’existence, d’autres valeurs. Le corps queer s’y exprime plus librement, puisqu’il n’est plus en confrontation avec les restrictions d’un système hétérocisnormatif. Les lieux queers sont des espaces où expérimenter des pratiques qui permettent de se réapproprier son corps, celui-là même dont la visibilité est une résistance aux normes18. La soirée queer est un espace de réflexion où l’on trouve des performances, des débats, des visuels, des ateliers, des fanzines… Ces productions sont à la croisée du militantisme et de l’artistique. On trouvera aussi des échanges d’expérience et de témoignage, de la sexualité, des drames interpersonnels. Les corps queers sont au centre de cet ensemble qui met en exergue les désaccords entre les vies queers et l’ordre du normal. Ces caractères relèvent de la politique des affects dont on entend parler ces derniers temps19.

Dans une soirée, évidemment, on danse. Les lieux de danse, les fréquentations que l’on y trouve, sont synonymes de modes de vie alternatifs. La danse et le militantisme queer ont toujours entretenu des liens étroits. On se souvient bien sûr du bar le Stonewall Inn et des émeutes du même nom en 1969. On se souvient surtout du voguing20, une danse initiée par des gays et trans* latino-américains et afro-américains new-yorkais qui organisent des compétitions au cours desquelles sont reproduites et parodiées les classes sociales et les genres, par exemple en prenant les poses des mannequines de mode blanches comme celles du magazine Vogue. Cette danse établit un nouveau langage corporel, qui correspond à un mode de vie alternatif : les danseur·ses sont rassemblés en House, en maisons qui sont des lieux de vies collectifs pour les personnes queers affectivement et socialement exclues. Derrière cette danse, c’est toute une organisation de vie permettant de lutter contre la précarité. Ce lien entre minorité et précarité est toujours d’actualité, c’est la première raison pour laquelle les espaces queers sont des espaces anticapitalistes (prix libres, entrées gratuites…).

Les corporéités queers dont nous parlons révèlent des pratiques ou des modifications qui correspondent à ces modes de vies militants. Ces pratiques et modifications sont nombreuses et ne sauraient être toutes énumérées ici. Nous pouvons évoquer quelques-unes des plus évidentes au sein des pratiques queers : opérations chirurgicales et prises d’hormones pour les personnes trans* et non binaire, cheveux courts ou rasés pour les gouines (ce que l’on trouvait déjà chez Claude Cahun), maquillage et gestes féminins pour les pédés… Certains vêtements fétiches, comme les jeans Levis 50121, sont portés à la fois par des personnes trans*, pédés et gouines. Les performances drag queen et drag king font tout autant partie de ces pratiques corporelles. Les tatouages, qui sont monnaie courante, sont des actes de réappropriation de son corps22. Ces éléments évoqués possèdent plusieurs qualités communes : ils permettent de déconstruire les normes de genre, de construire son corps en dehors des injonctions et de politiser ce corps en l’affirmant visuellement.

ART IS NOT ENOUGH23

Ce slogan de Gran Fury nous rappelle qu’au sein du militantisme queer, l’art n’est pas une fin en soi. Il s’inscrit dans un ensemble de pratiques qui vont de la chambre à l’espace public. Envisagé comme un outil, il permet de se focaliser sur les pratiques quotidiennes pour mieux en comprendre la portée militante. En interrogeant les liens entre art, quotidien et activisme queer, il s’agissait d’interroger les politiques des visibilités. Le quotidien est le creuset d’une invention de soi qui relève autant de pratiques artistiques que de pratiques micropolitiques. L’art aura été un angle d’approche pour analyser des pratiques subversives et comprendre comment les normes oppressent les corps. Ce qui a ici été développé en rapport aux cultures queers doit être connecté aux luttes antiracistes, écologistes, anticapitalistes, comme à toute lutte contre un système oppressif. Construire un corps à soi, c’est en faire le vecteur de pratiques transformatrices et former le corps de la contestation.

Notes

1 Paul B. PRECIADO, Testo Junkie. Sexe, drogue et biopolitique, Grasset, 2014, pp. 134 – 193. Sur le contrôle des corps notamment par les entreprises pharmaceutiques.

2 Paul B. PRECIADO, « Multitudes queer. Notes pour une politique des “anormaux” », Multitudes, n° 12, 2003, pp. 17-25. Sur le corps en tant qu’espace à déterritorialiser, sur les corps queers volontairement construits comme anormaux et la prolifération des identités.

3 Je fais référence ici aux « parcours officiels » et aux équipes médicales de la SOFECT, rebaptisée so-infecte par les militant·es, qui exercent un contrôle très strict des parcours trans*, empêchant toute sexualité et identité non-binaire ou toute fluidité de genre. Cf. Alex Benjamin, « La Sofect, histoire d’une triste institution » [article en ligne, 19/02/2018], Genre ! [site internet, 2017]. URL : https://entousgenresblog.wordpress.com/2018/02/19/la-sofect-histoire-dune-triste-institution/ [consulté le 31/05/2020].

4 Groupe queer fondé en 1990 à New York par des activistes d’ACT UP.

5 Resistance to regimes of the normal. Michael Warner (dir.), Fear of a Queer Planet. Queer Politics and Social Theory, Minnesota, University of Minnesota Press, 2004 [1993], p. XXVI.

6 Régime politique où l’hétérosexualité monogame et l’identité cisgenre sont normalisées et privilégiées, avec injonction à y correspondre.

7 Manifeste du groupe Queer Nation distribué à la marche des fiertés de New York en 1990. Queer Nation [trad. fr. anonyme], Queer Nation Manifesto [tract numérisé], 1990 [mise en ligne 2010, consulté le 31/05/2020], in Info kiosques [site internet, 2003], URL : https://infokiosques.net/IMG/pdf/queer_nation_manifesto-20p-A5-fil.pdf.

8 Gran Fury est un collectif d’artistes activistes issu·es d’ACT UP et luttant contre le VIH, créé à New York en 1988.

9 Ce que décrit bien Élisabeth Lebovici dans Ce que le Sida m’a fait, Zurich, JRP|Ringier, 2017.

10 Rachele Borghi, « L’espace-corps comme laboratoire : le pornoactivisme, ou the body strikes back » [article en ligne, 2020], Academia [site internet, 2008]. URL : https://www.academia.edu/39215043/Lespace-corps_comme_laboratoire_le_pornoactivisme_ou_the_body_strikes_back [consulté le 31/05/2020].

11 La performativité du genre étant la répétition codée d’injonctions, c’est un mécanisme qui dépasse ou excède l’individu. Lui opposer une performance volontaire et consciente permet de subvertir ces injonctions par des répétitions imparfaites, divergentes. Pour plus de réflexions sur les normes corporelles, la performativité du genre et la performance, Cf. Judith Butler, en particulier : Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité, Paris, La Découverte, 2010 [1990], pp. 256-266 ; Ces corps qui comptent. De la matérialité et des limites discursives du « sexe », Paris, Éditions Amsterdam, 2009 [1993], pp. 12-18 ; Défaire le genre, Paris, Éditions Amsterdam, 2012 [2005], pp. 65-66.

12 « La principale oeuvre d’art dont il faut se soucier, la zone majeure où l’on doit appliquer des valeurs esthétiques, c’est soi-même, sa propre vie, son existence. » Michel Foucault, Dits et écrits, 1954-1988. Tome IV. 1980-1988, Paris, Gallimard, NRF, 1994, p. 402.

13 L’art semblable à la vie ne se contentait pas d’étiqueter la vie comme de l’art. Il était en continuité avec cette vie, l’infléchissant, l’explorant, la testant et même la mettant à l’épreuve ». Allan Kaprow, L’art et la vie confondus, Éditions du Centre Pompidou, Paris, 1996 [1993], p. 244.

14 Slogan du Collectif MartinE (collectif queer et féministe, créé à Montpellier en 2014). Ce slogan est un mélange entre les formulations d’Act Up, comme « ACTION = VIE », et le slogan « résistance – existence » employé en 1994 par le collectif artiviste Ne Pas Plier, lors d’une manifestation revendiquant la gratuité des transports pour les chômeur∙ses.

15 Espace positif pour des personnes socialement marginalisées ou minoritaires. Pour plus d’informations au sujet des espaces safe et queers : Cha Prieur, Penser les lieux queers : entre domination, violence et bienveillance. Étude à la lumière des milieux parisiens et montréalais, Thèse de doctorat en Géographie politique, sous la direction de Louis Dupont, Université Paris-Sorbonne, soutenue le 11 décembre 2015.

16 Michel Foucault, Les corps utopiques, les hétérotopies, Fécamp, Nouvelles Éditions Lignes, 2009 [1966].

17 « Si Foucault s’est intéressé de près aux communautés homosexuelles et autres, c’est précisément parce qu’elles expérimentaient de nouveaux styles de vie. […] Faire l’amour avec quelqu’un du même sexe peut entraîner toute une série d’autres choix, d’autres valeurs. Dans un monde où les modes d’existence sont pauvres, schématisés, le défi, à ses yeux, est d’inventer des modes de vie et de relations inédits. » Édouard Delruelle, « Faire de sa vie une oeuvre d’art ? » [article en ligne, 2014, consulté le 21/02/2017], Service de philosophie morale et politique de l’université de Liège [site internet, 2006], URL : http://www.philopol.ulg.ac.be/telecharger/textes/ed_faire_de_sa_vie_une_oeuvre_d_art.pdf.

18 Rachele Borghi souligne également ce lien du corps entre ce qu’il se passe chez soi et ce que l’on présente au monde. Rachele Borghi, « L’espace-corps comme laboratoire : le pornoactivisme, ou the body strikes back », op. cit.

19 Cf. Isabelle Alfonsi, Pour une esthétique de l’émancipation, Paris, éditions B42, 2019 ; Élisabeth Lebovici, Ce que le Sida m’a fait, op. cit. ; Sarah Schulman, La gentrification des esprits. Paris, éditions B42, coll. « Culture », 2018.

20 Cf. Jennie Livingston, Paris Is Burning, Jennie Livingston (prod.), Miramax Films distribution, 1991, 78:00.

21 Un fétichisme du 501 synonyme d’identité non normative que l’on retrouve chez les artistes queers Del Lagrace Volcano et Risk Hazekamp, mais aussi chez Guillaume Dustan : « Certains vêtements portés d’une certaine manière m’excitent. Par exemple, un 501 porté très large et taille basse », Del Lagrace Volcano in Sam Bourcier, Queer Zones, politique des identités sexuelles et des savoirs, Paris, Éditions Amsterdam, 2011 [2001], p. p. 233 ; Risk Hazekamp, ¡ Mira !, photographie analogue couleur, 2002 ; Guillaume Dustan, OEuvres I, Paris, P.O.L, 2013 [1996-1998], pp. 57, 150, 153, 169…

22 Sur les tatouages : Michel Foucault, Les corps utopiques, les hétérotopies, op. cit., pp. 15-16 ; Michel de Certeau, L’invention du quotidien 1, arts de faire, Paris, Gallimard, 2004 [1980], p. 218. C’est sans coïncidence donc que l’on trouve un salon de tatouage dans les locaux du bar queer parisien La Mutinerie (Mutant.e.s, tattoo shop queer et féministe, 176 rue Saint-Martin Paris, depuis 2018) ou des ateliers de tatouage lors d’évènements queers (collectif MartinE, MartinE te retourne (le regard !), Montpellier, 24 mai 2019 ; Queer Week, Paris, 2019 ; le Gros festival du collectif Gras Politique, Paris, 2019).

23 Déclaration apparaissant sur un tract du collectif Gran Fury.

Bibliographie

ALFONSI, Isabelle. Pour une esthétique de l’émancipation. Paris, éditions B42, 2019.

BENJAMIN Alex, « La Sofect, histoire d’une triste institution » [article en ligne, 19/02/2018], Genre ! [site internet, 2017]. URL : https://entousgenresblog.wordpress.com/2018/02/19/la-sofect-histoire-dune-triste-institution/ [consulté le 31/05/2020].

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BUTLER Judith, Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité [Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity], trad. fr. de Cynthia Kraus, Préface de Éric Fassin, Paris, La Découverte, coll. « Poche/Sciences humaines », 2010 [1990].

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DUSTAN Guillaume, OEuvres I – Dans ma chambre – Je sors ce soir – Plus fort que moi, Paris, P.O.L, 2013 [1996-1998].

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LEBOVICI Élisabeth, Ce que le Sida m’a fait, Zurich, JRP|Ringier, 2017.

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PRIEUR Cha, Penser les lieux queers : entre domination, violence et bienveillance. Étude à la lumière des milieux parisiens et montréalais, Thèse de doctorat en Géographie politique, sous la direction de Louis Dupont, Université Paris-Sorbonne, soutenue le 11 décembre 2015.

QUEER NATION [trad. fr. anonyme], Queer Nation Manifesto [tract numérisé], 1990 [mise en ligne 2010, consulté le 31/05/2020], in Info kiosques [site internet, 2003], URL : https://infokiosques.net/IMG/pdf/queer_nation_manifesto-20p-A5-fil.pdf.

SCHULMAN Sarah, La gentrification des esprits. Paris, éditions B42, 2018.

WARNER Michael (dir.), Fear of a Queer Planet. Queer Politics and Social Theory, Minnesota, University of Minnesota Press, 2004 [1993].

Figures

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Zoé Adam

Zoé Adam est militante queer et chercheuse indépendante. Ses recherches portent sur le recours à des pratiques artistiques par les militant·es féministes et queers, en particulier dans les groupes français et espagnols.