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Résumé

Si le mouvement gay en France se caractérise par son anti-américanisme dans les années 70, les revendications lesbiennes semblent s’être intimement liées à celles des féministes américaines qui inauguraient alors la deuxième vague du mouvement de revendication des droits des femmes. La fin des années 60 voit le début d’une période de scission entre les mouvements gays et lesbiens de part et d’autre de l’Atlantique. En France, mai 1968 marque bel et bien le début d’une révolution sexuelle mais les femmes sont encore infériorisées. Il en va de même aux États-Unis où les émeutes de Stonewall constituent l’événement fondateur de l’activisme LGBT et dont les femmes, tout particulièrement les lesbiennes, se sentent encore largement exclues. La réponse à cette exclusion transparaît notamment en littérature, domaine auquel je m’intéresserai spécifiquement dans cette présentation.

Je me propose d’offrir une lecture centrée sur le développement du féminisme lesbien, soit le féminisme le plus radical du début des années 70, qui se pose en réponse aux manquements de la révolution sexuelle des deux côtés de l’Atlantique. Plus précisément, je m’intéresse aux passeurs·ses culturel·le·s qui ont donné lieu à des échanges entre les féministes françaises et américaines, lesquels n’ont pas été aussi fructueux dans le mouvement de libération gay.

Pour ce faire, j’analyserai en particulier les échanges opérés dans les manifestes, journaux et romans féministes de l’époque. Parmi mes objets d’étude, je compterai entre autres le manifeste The Woman-Identified Woman et sa réception en France, les six numéros du Torchon Brûle, journal du MLF de 71 à 73 et plus généralement l’œuvre de Monique Wittig qui se trouve à l’intersection des mouvements français et américain. Le croisement des sources des deux pays permettra de comprendre les tendances convergentes et divergentes du féminisme lesbien transatlantique au début des années 1970.

Abstract
Cultural translators and lesbian feminism in the early 1970s”

In the 1970s, the French gay movement was known for its anti-Americanism. Meanwhile, lesbian groups have tied closer links with American feminists, as the second wave of the women’s rights movement emerged. At the end of the 1960s, a schism between gay and lesbian movements had already begun on both sides of the Atlantic. In France, the political events of May 1968 underpinned the beginning of a sexual revolution in which women remained belittled. In the USA, the Stonewall Riots appeared as the foundations of an LGBT activism from which women, especially lesbians, still largely feel excluded. Yet, literature provided an answer to these exclusions.

In this paper, I highlight the development of lesbian feminism as an answer to the failures of the sexual revolution on both sides of the Atlantic. More specifically, I focus on cultural translators who facilitated exchanges between French and American feminists. In doing so, I look at feminist manifestos, journals and novels from that era. I for instance analyse The Woman-Identified Woman manifesto and its French reception, as well as six numbers of the French Women’s Liberation Front’s (MLF) journal, Le Torchon Brûle, published between 1971 and 1973, and more broadly Monique Wittig’s work which is located at the intersection of French and American movements. Crossing sources from both countries allows me to understand the convergences and divergences in the early 1970s transatlantic lesbian feminism.

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Manon Pagé

Manon Pagé est doctorante dans le département de Langues et Littératures Modernes de Johns Hopkins University à Baltimore. Étant actuellement en deuxième année de son programme, elle prépare son sujet de thèse qui portera sur les échanges culturels, contre-culturels et subculturels entre la France et les Etats-Unis dans les années 60-70. Dans ce contexte, elle développe en particulier le concept de «passeur.se culturel.le.s». Elle a notamment appliqué cette notion à l’étude de la circulation et de la réception de la comédie musical Hair et du mouvement hippie. Le féminisme lesbien est la seconde étude de cas qu’elle effectue dans la perspective du «passeur culturel».