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Abstract

What performing in a cage means: a discussion with Selogadi Mampane about Chromotherapie

The popular imagery representing women imprisoned in cages is a widespread cultural trope, rarely questioned by reception about the systemic oppression it crystallises. Unquestionably dependent on its historical construction, the imaginary attached to the female « encagement » was mobilised for critical purposes at the dawn of the 1970s in independent artistic actions that were both formally and aesthetically as well as conceptually independent. However, within the system of sexist representation that these performances denounce, the specific perception that hypersexualises, reifies and presumes the heterosexuality of black women is little questioned. For the black South African artist and activist Selagodi Mampane, this deficiency constitutes the very basis of a critical performance that crosses the biases of a simultaneously androcentric, racist and heteronormative reception: Chromotherapie.

For the symposium LGBTI and Queer Art, Culture and Activism, Selogadi Mampane evokes with Marie-Dominique Gil the stakes of her caged performance with regard to the entanglement of racist, sexist and anti-LGBTI constructions characteristic of the dominant system of representation.

For this action, presented for the first time in 2013, she appears partially dressed in leather in a cage in which she has placed a ladder. If she can get out of it, the chains that bind her to the structure irremediably prevent her from getting out. During this interview Selagodi Mampane will evoke her desire to invest the specific aesthetics that the cage calls for in the field of queer eroticism, itself deeply integrated into the imaginary attached to « freak shows ». She will explain how the mobilization of her body in this paradoxically constraining and over-visible space consciously convokes the spectre of « human zoos », a persistent and inevitably dangerous racist visual hauntology. She will then discuss the concept of the « ideological cage », which she conceives as a shadow cast by colonialism, materialized in her performance by iron bars. To conclude, Chromotherapie will be compared to Exhibit B, the series of performances directed by white South African artist Brett Bailey in Paris in 2014. This exhibition, which was intended to be anti-racist, featured black actresses in cages. It scandalized the militant circles that obtained its deprogramming. With this « cage performance », Selagodi Mampane righfully took over a narrative of black LGBTQI women that had been largely confiscated until then.

Résumé

Ce que performer en cage veut dire : une discussion avec Selogadi Mampane autour de l’action Chromotherapie (2013)

L’imagerie populaire que constitue les représentations de femmes emprisonnées dans des cages est un trope culturel répandu, rarement questionné par la réception sur l’oppression systémique qu’elle cristallise. Incontestablement tributaire de sa construction historique, l’imaginaire attaché à « l’encagement » féminin s’est vu mobilisé à des fins critiques à l’orée des années 1970 dans des actions artistiques indépendantes tant formellement et esthétiquement que conceptuellement. Cependant, au sein du système de représentation sexiste que ces performances dénoncent, la perception spécifique qui hypersexualise, réifie et présume l’hétérosexualité des femmes noires est peu interrogée. Cette carence constitue pour l’artiste et activiste noire sud-africaine Selagodi Mampane le socle même d’une performance critique qui croise les biais d’une réception concurremment androcentrée, raciste et hétéronormée: Chromotherapie.

Pour le colloque Arts, Cultures et Activismes LGBTI et Queer, Selogadi Mampane évoque avec Marie-Dominique Gil les enjeux de sa performance en cage à l’égard de l’enchevêtrement des constructions racistes, sexistes et anti-LGBTI caractéristiques du système de représentation dominant.

Pour cette action présentée pour la première fois en 2013, elle apparaît partiellement vêtue de cuir au sein d’une cage dans laquelle elle a placé une échelle. Si elle peut s’en extraire, les chaînes qui la lient à la structure l’empêchent irrémédiablement de s’en défaire. Au cours de cet entretien Selagodi Mampane évoquera sa volonté d’investir l’esthétique spécifique que la cage convoque dans le champ de l’érotisme queer, lui-même profondément intégré à l’imaginaire attaché aux « freak-shows ». Elle explicitera comment la mobilisation de son corps dans cet espace paradoxalement contraignant et survisibilisant convoque consciemment le spectre des « zoos humains », une hantologie visuelle raciste persistante et inévitablement dangereuse. Elle discutera ensuite du concept de « cage idéologique » qu’elle conçoit comme une ombre portée du colonialisme, matérialisée dans sa performance par des barreaux de fer. Pour conclure, Chromotherapie sera comparée à Exhibit B, la série de performances mise en scène par l’artiste sud-africain blanc Brett Bailey à Paris en 2014. Cette exposition qui se voulait antiraciste, présentait notamment des actrices noires dans des cages. Elle a scandalisé les milieux militants qui ont obtenu sa déprogrammation. Se dessine alors toute l’importance de l’œuvre de Selogadi Mampane qui, avec cette performance, prend la main sur une narration des femmes noires LGBTQI jusqu’alors confisquée.



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Marie Gil

Marie-Dominique Gil est doctorante contractuelle à l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Son projet de recherche a pour objet l’étude des représentations des « femmes en cage » du surréalisme à la période contemporaine, au prisme de l’œuvre de Kate Millett. Diplômée de l’Ecole du Louvre, elle a occupé un poste de chargée de travaux dirigés devant les œuvres dans cette même institution et a parallèlement travaillé en tant que « curator assistant » au Centre Pompidou. Elle a notamment co-organisé en novembre 2018 le colloque transdisciplinaire « Déconstruire le genre du rose ». En 2019, elle est en charge du cours «Le genre pour aborder les arts » du master genre de l’université Paris 8. Plusieurs articles sur Kate Millett sont à paraître en 2020, dont « Du crime à l’œuvre : la symbolique de la cage chez Kate Millett. » dans Les cahiers de l’École du Louvre.