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Résumé

En réponse à l’isolement dont elles sont susceptibles de souffrir, les personnes transgenres s’organisent en communautés régies par des règles qui leur sont propres (Cannon et al. 71 ; Spira et al. 9). En effet, les groupes trans militants œuvrent contre la reproduction de schémas d’oppression intersectionnels grâce à des politiques anti-discrimination (Ahmad, 2015). Cette rhétorique du safe définit quels sont les comportements inadéquats et met à distance les auteur·ice·s de ces comportements.

Bien que cette rhétorique soit pensée pour protéger les personnes les plus discriminées, des contradictions sont fréquemment observées (Burns, 2017 ; Thom, 2016 ; Ahmad, 2015 ; Halberstam, 2014). En effet, dans un premier temps, le discours safe donne lieu à des manipulations rhétoriques, à des débats et des conflits interpersonnels au sein des communautés transgenres. Ces conflits se soldent parfois sur l’exclusion de certains membres, notamment des personnes en situation de grande vulnérabilité (Burns, 2017 ; Thom, 2016 ; Ahmad, 2015). En effet, contrairement aux personnes trans issues de milieux intellectuels ou de classes sociales supérieures, les populations trans les plus précarisées sont susceptibles de ne pas bénéficier du même accès à la terminologie et aux codes de conduite jugés adéquats, ce qui les expose à des situations d’isolement au sein même de leurs communautés pour des raisons structurelles que les politiques antidiscrimination sont censées combattre (Thom, 2016). Dans un second temps, si les milieux militants tiennent un discours inclusif, ils sont parfois critiqués du fait de leur manque d’accessibilité aux personnes racisé·e·s, précaires ou non-valides sur le plan concret (rampe d’accès, prix, musique, racisme…).

Abstract
Conflict management in French trans’ spaces. Models and alternatives for a more inclusive community.”

Responding to the isolation they may suffer from, transgender people often organise their communities on their own terms (Cannon et al. 71; Spira et al. 9). Drawing on anti-discrimination policies (Ahmad, 2015), trans activist groups fight against the reproduction of intersectional forms of oppression. A rhetoric of “safety” aims to define inaccurate behaviors and to push away their authors.

Though aimed at protecting the most discriminated-against people, this rhetoric often appears contradictory (Burns, 2017; Thom, 2016; Ahmad, 2015; Halberstam, 2014). In a first part, I show that, contrary to intellectual or upper-class trans people, the most precarious trans population may not benefit to the same access to the terminologies or behavioral practices that are deemed accurate and “safe”. They are thus exposed to higher states of isolation because of the exact structural reasons that anti-discriminatory policies are supposed to fight (Thom, 2016). Meanwhile, in a second part, I also propose that, even though activist milieux often speak about inclusivity, they may be criticised for their lack of accessibility for precarious or disabled, people of colour.

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Introduction

En réponse à l’isolement dont elles sont susceptibles de souffrir, les personnes transgenres s’organisent en communautés régies par des règles qui leur sont propres. En effet, les groupes trans militants œuvrent contre la reproduction de schémas d’oppression intersectionnels en interne grâce à des politiques anti-discrimination que l’on retrouve plus largement dans les milieux queer. Cette rhétorique du safe, qui s’articule autour d’une volonté de protéger les membres de la communauté, définit quels sont les comportements inadéquats et met à distance les auteur·ice·s de ces comportements.

Bien que cette rhétorique soit pensée pour protéger les personnes les plus discriminées, des contradictions sont fréquemment observées. En effet, dans un premier temps, le discours safe donne lieu à des manipulations rhétoriques, à des débats et des conflits interpersonnels au sein des communautés queer et trans. Ces conflits se soldent parfois sur l’exclusion de certains membres, notamment des personnes en situation de grande vulnérabilité (Burns, 2017 ; Thom, 2016 ; Ahmad, 2015). En effet, contrairement aux personnes trans issues de milieux intellectuels ou de classes sociales supérieures, les populations trans les plus précarisées sont susceptibles de ne pas bénéficier du même accès à la terminologie et aux codes de conduite jugés adéquats, ce qui les expose à des situations d’isolement au sein même de leurs communautés pour des raison structurelles que les politiques anti-discrimination sont censées combattre (Thom, 2016). Dans un second temps, si les milieux militants tiennent un discours inclusif, ils sont parfois critiqués du fait de leur manque d’accessibilité aux personnes racisé·e·s, précaires ou non-valides sur le plan concret (rampe d’accès, prix des consommations, musique, racisme ordinaire…).

Cette communication, qui s’inscrit dans un projet de recherche de master 2, propose d’analyser dans quelle mesure les communautés transgenres combattent des cadres discriminatoires hétéronormatifs tout en en reproduisant certaines caractéristiques. Les communautés militantes conscientisent cependant de plus en plus ces écueils et imaginent de nouvelles façons de prendre en charge le conflit.

Présentation des méthodes de recherche

Cette communication a pour but d’étudier les dynamiques d’inclusion et d’exclusion propres aux espaces trans militants, espaces qui sont eux-mêmes inscrits dans des espaces queer. Ces espaces de natures variées sont tous éminemment politiques à différents égards (Hartal et al., 2018). On prendra donc l’adjectif « militant » au sens large pour décrire des lieux physiques ou numériques qui ont pour but de rassembler des personnes queer et trans autour de projets politiques et culturels communs (Hartal et al., 2018). Ainsi, des lieux de sociabilité tels que des bars, des festivals, des ateliers, des groupes Facebook ou des réseaux Instagram ont été étudiés au même titre que des espaces dont l’action politique est plus directement identifiable, comme des manifestations ou des groupes associatifs (Hartal et al., 2018). Il est important de noter que ces espaces s’articulent autour de politiques de non-mixité variables, c’est-à-dire que certains espaces sont ouverts aux personnes cisgenres (non-trans) tandis que d’autres espaces sont exclusivement réservés aux personnes trans afin de cibler davantage les débats et les actions.

Ces lieux et interactions ont été principalement étudiés à travers le prisme d’entretiens avec des personnes trans qui les fréquentent régulièrement. A ce jour, j’ai réalisé six entretiens d’une durée de 3 à 4h30 avec des personnes trans entre 21 et 36 ans inscrites dans des espaces de sociabilité queer et trans à Paris et à Lille. D’autres entretiens ont été retardés du fait de la crise sanitaire.

Mon engagement en tant que programmateur et chargé de communication au sein de l’association parisienne Queer Week, m’a également offert l’opportunité de réaliser un travail d’observation ethnographique en milieu militant. La Queer Week organise chaque année un festival queer autour de thématiques liées au genre, aux sexualités et aux questions d’intersectionnalité, ce qui m’a également permis d’analyser la façon dont se déploient la communication autour d’événements culturels militants ainsi que les politiques d’inclusivité.

Ce projet de recherche s’inscrit dans un cadre conceptuel féministe dans la mesure où une place importante est accordée aux émotions et aux savoirs expérientiels des enquêté·e·s. Il s’agit de faire valoir de nouvelles formes de savoirs dans une perspective constructiviste en remettant en question l’hégémonie du paradigme cartésien. Dans cette logique, mon questionnaire se compose de plusieurs sections axées sur les émotions des enquêté·e·s. La section la plus importante concerne la trajectoire de vie des enquêté·e·s tandis que les suivantes invitent les personnes interrogées à décrire les lieux militants dans lesquels elles ont pu évoluer ainsi que leurs ressentis : quel type de public trouve-t-on dans les lieux décrits ? la personne se sent-elle intégrée ? a-t-elle perçu des tensions ? comment gère-t-elle les situations conflictuelles ?

Mon adhésion au paradigme de « l’objectivité féministe » m’a permis de réfléchir à ma propre identité en tant que personne trans blanche issue de classe populaire et à la façon dont ces éléments composant mon identité pourraient alimenter des rapports de pouvoir au sein de la relation d’enquête (Haraway, 1988 : 581 ; Bhavnani, 1993 ; Naples, 2003). Il s’agit de prendre en compte la position depuis laquelle on parle pour éviter l’écueil de l’universalisme et ainsi accepter la nature « située » des savoirs produits (Haraway, 1988). Cette notion de « savoirs situés » permet cependant de revaloriser le récit auto-ethnographique, qu’il me semble important de prendre en compte étant donné mon engagement dans des milieux trans militants.

Ainsi, comme préconisé par les théories féministes intersectionnelles, qui encouragent une approche multifocale des rapports de pouvoir, il s’agira de mener une étude en tentant de ne pas reproduire de schémas d’oppression sur les personnes impliquées (Crenshaw, 1991 ; Bhavnani, 1993 ; Naples, 2003). Au vu du type de projet que je propose, qui découle d’une prise de conscience des inégalités au sein même de communautés dites inclusives, il serait contradictoire de ne pas considérer les différentes expériences transidentitaires en relation avec d’autres facteurs que celui du genre.

Analyse des résultats

Sécurité et justice en contexte queer : la rhétorique safe et le call-out.

Mon expérience d’observation ethnographique et les entretiens réalisés mettent en évidence le fait qu’une grande majorité de personnes trans ressentent le besoin de se retrouver dans des espaces dédiés aux personnes queer à différentes fréquences et dans différentes configurations. Ces espaces queer sont définis comme des espaces safe, c’est-à-dire des espaces pensés pour garantir la sécurité physique et psychique des personnes qui les fréquentent et les protéger des discriminations qu’elles subissent au quotidien dans les sociétés hétéropatriarcales. La rhétorique safe est donc conçue, dans un premier temps, comme une barrière aux violences exogènes (Hartal et al., 2018). Elle se déploie tant au niveau spatial qu’au niveau du discours et repose sur différentes stratégies détaillées par mes enquêté·e·s. Par exemple, Liam explique le rôle de la « physionomie » à l’entrée des événements queer :

Pour faire la différence, du coup, on pose pas mal de questions, des questions assez globales. Tu vois, par exemple, si on voit un mec qui veut tenter de rentrer mais qu’on sait pas trop s’il est trans ou pas, on va lui demander s’il sait dans quel bar il est, dire que c’est un bar LGBT…

Liam, 26 ans

Le filtrage à l’entrée se fait également au niveau de la communication déployée par les réseaux trans. Par exemple, le collectif Queer Week a hésité à partager un événement sportif en non-mixité trans qui n’est habituellement relayé que par le bouche-à-oreille pour des raisons de sécurité : des personnes cisgenres pourraient s’y rendre et ainsi mettre en danger le principe de non-mixité de l’événement.

Outre la pertinence de la rhétorique safe pour protéger des violences exogènes, cette communication se centre spécifiquement sur les dynamiques internes aux communautés queer et trans et il s’avère que cette rhétorique sert également de barrière aux violences endogènes comme logique de prévention contre les discriminations multifactorielles et les conflits interpersonnels (Hartal et al., 2018). En effet, comme l’expliquent les enquêté·e·s, personne n’est à l’abri de discriminations basées sur d’autres facteurs que la sexualité et le genre en contexte queer. Une majorité d’enquêté·e·s explique que des personnes chargées de la modération ou de la sécurité sont désignées et qu’elles travaillent à résoudre les conflits qui éclatent en raison de propos discriminants ou de comportements problématiques, qu’il s’agisse d’espaces en ligne ou d’espaces physiques. Des chartes voient également le jour pour informer le public sur les types de discours prohibés en amont (Hartal et al., 2018). Par exemple, lors d’une soirée organisée par la Queer Week en 2019, le public devait nécessairement passer par la case « charte de consentement » avant d’avoir accès aux activités. Les groupes Facebook en non-mixité trans rédigent des chartes anti-discrimination de plus en plus fournies auxquelles les membres doivent adhérer s’iels veulent rester dans le groupe. Ces chartes concernent généralement les problèmes de racisme, validisme, classisme, putophobie, psychophobie, grossophobie et islamophobie. On assiste en quelque sorte à la naissance d’un arsenal terminologique pour contrer les oppressions. Un discours inclusif accompagne généralement ces règles et mon expérience de veille concurrentielle en tant que chargé de communication de la Queer Week m’a permis d’identifier des tendances : la qualité d’un événement se mesure à la capacité du collectif qui l’organise à trouver des lieux accessibles ou à fournir des informations sur l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, aux personnes neuroatypiques et aux personnes précaires.

Malgré les dispositifs de prévention mis en place pour garantir des espaces safe, les enquêté·e·s rapportent que les violences sont toujours présentes au sein de ces espaces : les queers peuvent être auteur·ice·s de violences. Le call-out, stratégie de dénonciation publique, permet a priori d’obtenir réparation et de protéger le reste de la communauté des personnes jugées « problématiques ». Cette logique de dénonciation publique se déploie principalement sur les réseaux sociaux suite à un conflit interpersonnel qui concerne des violences physiques, comme les violences conjugales ou les agressions sexuelles, mais aussi des violences psychologiques, comme les insultes, le harcèlement moral et les propos discriminatoires (Ahmad, 2015). Une mauvaise utilisation de la terminologie militante et inclusive peut également donner lieu à un call-out. S’ensuit une prise de position de la part des communautés concernées qui se solde généralement sur une décision collective d’exclure définitivement ou temporairement l’agresseur·euse des lieux communautaires qu’iel fréquente. Il s’agit de préserver la personne qui a subi les violences mais également d’afficher une volonté de protéger l’ensemble de la communauté.

Le call-out a été initialement pensé comme un outil de justice qui permettrait aux personnes marginalisées de ne pas se heurter au mépris du système de justice traditionnel qui ne prend pas les discriminations subies au sérieux (Saee-Nazari, 2015 ; Ahmad, 2015). Il a notamment été pensé par des femmes trans racisées sur Tumblr pour faire face à des propos transmisogynes et racistes tenus par des personnes extérieures à leurs communautés (Burns, 2017). Aujourd’hui, ce dispositif est plus largement repris par les communautés queer et trans et appliqué aux relations intra-communautaires.

Des dynamiques socio-politiques de plus en plus critiquées

La notion d’espace safe et les stratégies effectives qu’elle implique, comme le call-out ou les trigger warnings, font cependant l’objet de diverses critiques émanant des communautés concernées depuis quelques années (Halberstam, 2014 ; Ahmad, 2015 ; Burns, 2017 ; Hartal et al., 2018). En effet, des contradictions et des débordements sont fréquemment pointés du doigt.

Dans un premier temps, 4 enquêté·e·s sur 6 dénoncent l’utopie du safe space : il est impossible de contrôler toutes les personnes qui assistent à un événement et de tester leur connaissance des codes queer, qui aspirent à neutraliser toutes les discriminations. Aussi, il est nécessaire de rappeler que les formes de résistance à un système donné n’opèrent pas complètement indépendamment de ce système ; les communautés queer tentent d’offrir des espaces alternatifs tout en travaillant dans le cadre d’un système hétéronormatif englobant qui détermine malgré tout certaines interactions (Hartal et al., 2018). Par exemple, deux enquêté·e·s racisé·e·s expliquent qu’on leur a déjà touché les cheveux sans leur accord en soirée queer sans que ces comportements soient confrontés. Sam, qui a assisté à une table ronde sur l’art et les personnes trans lors d’un festival censé promouvoir les artistes trans, dénonce également la composition du panel et le déroulé de cet événement : les intervenant·e·s étaient tou·te·s blanc·he·s et la discussion, qui tournait autour de la précarité des artistes trans, n’a pas pris en compte le facteur de la race, qui est pourtant régulièrement utilisé dans les milieux queer et qu’il aurait été intéressant de mettre en relation avec l’identité de genre et la classe. Ces dynamiques qui échouent à prendre en compte des oppressions systémiques importantes se soldent sur l’auto-exclusion des personnes concernées, selon Kamil et Sam. Plusieurs enquêté·e·s révèlent également un manque d’accessibilité sur le plan économique et concret pour les personnes précaires et les personnes en situation de handicap. Un fossé entre le discours inclusif et les politiques concrètes qui sont mises en œuvre est ainsi pointé du doigt dans plusieurs entretiens.

Camille identifie deux points problématiques supplémentaires liés aux politiques de non-mixité queer sans mecs cis : la physionomie et le passing. En effet, le filtrage à l’entrée sur la base de l’apparence, qui est censé garantir la sécurité des participant·e·s et le bon déroulement d’un événement, exprime une grosse composante transphobe sur le principe. En effet, le passage obligé par le coming-out pour les personnes dont l’apparence est interprétée comme « trop masculine » peut être en fait être vécu comme une violence par les personnes trans qui ne correspondent pas aux normes queer. Camille explique qu’un homme trans qui a un passing, c’est-à-dire qui est perçu dans sa vie quotidienne comme un homme cisgenre et dont la masculinité n’est pas remise en question, risque de se voir questionner à l’entrée et de se trouver dans l’obligation de faire un coming-out à la physionomie. Même problème pour les femmes trans dont on considère qu’elles ne passent pas. Ces politiques initialement pensées pour protéger les individus peuvent donc comporter un volet discriminant qui force les participant·e·s à justifier leur présence dans des espaces où elles ont tous les droits de se rendre en faisant référence à leur identité de genre ou à leurs organes génitaux.

Dispositif qui permet de compléter les autres techniques mises en place pour garantir un espace safe, l’utilisation du call-out en intra-communautaire est également vivement critiquée pour ses contradictions et ses conséquences dévastatrices sur les personnes qui en font l’objet.Pour la plupart, les enquêté·e·s ont déjà tou·te·s subi un call-out, ce qui renseigne sur l’importance qu’a pris ce phénomène dans les communautés trans. Iels dénoncent bien sûr les problèmes liés à la nature numérique du call-out : la diffusion d’un call-out et très rapide et durable, car elle reste inscrite sur les réseaux sociaux, ce qui rend la temporalité du call-out souvent excessive au regard de la faute commise et qui n’admet pas que les personnes puissent évoluer. De plus, les informations sont rarement vérifiables, ce qui rend la prise en charge collective du conflit très partielle.

Les enquêté·e·s se concentrent davantage sur la reproduction de schémas d’oppression induite par le call-out intra-communautaire. Le but du call-out inter-communautaire est de récupérer une forme d’agentivité dans l’oppression en dénonçant une personne pour ses propos ou agissements violents ; il oppose une personne marginalisée à une personne dotée de davantage de privilèges. Cependant, lors des call-out intra-communautaires, la marge s’oppose à la marge, ce qui implique des rapports de pouvoir différents.

En effet, dans les milieux trans militants, les call-out qui aboutissent à l’exclusion des personnes sont la plupart du temps promulgués par des personnes qui occupent une position privilégiée par rapport à la personne dénoncée. C’est systématiquement le cas lorsque le call-out a pour objet un faux-pas terminologique : les personnes les plus vulnérables ou plus âgées n’ont pas le même accès à la terminologie pratiquée dans les milieux militants, qui se développe essentiellement en ligne, ce qui les expose à des représailles pour des raisons structurelles qui ne sont pas de l’ordre de la mauvaise foi ou de l’intention de nuire (Burns, 2017 ; Thom, 2016). Des dynamiques de pouvoir plus flagrantes se retrouvent au niveau du call-out intra-communautaire : les comptes de personnalités appréciées et bien intégrées dans les communautés ont plus de chances de voir leur call-out aboutir. Les conséquences de ces dénonciations sur les personnes les plus vulnérables sont décrites comme excessives par la plupart des enquêté·e·s, qui ont conscience que les personnes qui vivent plusieurs oppressions systémiques ont recours à leurs réseaux trans pour trouver un logement, un travail, ou simplement un soutien psychologique. Le call-out, dans la mesure où il aboutit à l’isolement de la personne dénoncée, la prive ainsi de réseaux vitaux (Burns, 2017). Ainsi, les personnes transgenres racisées ont moins de chances d’être prises au sérieux lorsqu’elles formulent un call-out et ont proportionnellement plus de chances d’être call-out par des personnes trans blanches. Les femmes trans racisées doivent également faire face à des exigences de conduite plus strictes. En effet, lles sont perçues comme incarnant l’essence de la vulnérabilité selon une logique fétichisante et raciste ; elles doivent ainsi se comporter comme des personnes résiliantes et posées au risque d’être perçues comme trop « bruyantes » ou qu’on les critique pour avoir pris « trop de place » (Thom, 2015). Ainsi, la dynamique de pouvoir entre la « victime » et son « agresseur·euse » dans les cas de call-out intra-communautaire se voit souvent renversée :

[…] il faut profondément aussi faire le bilan de quelles sont les personnes, quelles sont les situations oppressives de chaque personne, qu’est-ce qu’elles subissent et tout, interroger ces deux rapports-là et les remettre en situation et, du coup, tu trouves que la figure repoussoir, en gros l’agresseur, est bien plus nuancée de ça, quand c’est une figure déjà agressée en général…

Camille, 29 ans

Bien qu’iels critiquent ce phénomène, 4 enquêté·e·s sur 6 expliquent qu’une « échelle de la souffrance » détermine le degré de légitimité d’une personne au sein des communautés queer. Kamil utilise l’image du jeu de cartes pour décrire ce phénomène : plus une personne vit d’oppressions, plus elle aura la possibilité de justifier sa présence en contexte queer. En d’autres termes, un malaise englobe la notion de privilège dans les milieux queer, ce qui amène les membres des communautés trans à surreprésenter certaines oppressions pour justifier leur appartenance à ces communautés. Cependant, il existe une hiérarchisation de ces oppressions, elles ne semblent pas toutes se valoir. En effet, certaines oppressions sont valorisées lorsqu’il s’agit de déterminer si un call-out est valable, c’est-à-dire s’il oppose des personnes à privilèges égaux. Ainsi, Sam et Kamil dénoncent le manque de prise en compte effective de la race comme facteur de vulnérabilisation tandis que les neurodivergences sont survalorisées, alors même que les milieux queer se targuent d’être anti-racistes. En effet, les enquêté·e·s décrivent plus d’indulgence envers les personnes trans dont la santé mentale pourrait expliquer certains comportements qu’envers les personnes trans racisé·e·s, qui sont soumises à des exigences concernant leur comportement et n’ont pas le droit de projeter une image d’agressivité. De plus, l’invisibilisation du racisme dans les milieux queer par la survalorisation d’autres oppressions aboutit également à un effacement des problèmes de santé mentale des personnes trans racisées, problèmes rarement mentionnés ou étudiés, expliquent trois enquêté·e·s racisé·e·s, C’est pourquoi deux enquêté·e·s, Kamil et Camille, refusent de parler de « justice intracommunautaire » pour décrire le call-out : il ne s’agit pas d’un système de justice s’il contribue à reproduire des oppressions systémiques de l’ordre du racisme, du classisme et de la transphobie au sein de milieux qui se pensent comme inclusifs.

Dans la même veine, les enquêté·e·s dénoncent comme une fausse piste « l’idéal de pureté militante » sur lequel semble s’être construites nos communautés ces dernières années : la rhétorique safe met en place de nouvelles normes de sociabilité qui font en fait office de facteur d’intégration. En d’autres termes, plus une personne maîtrise le langage inclusif et les codes d’exclusion qui relèvent du call-out, plus elle aura de chances d’accéder à des rôles structurants dans les communautés queer.

[…] à partir du moment où t’es trop visible on va te call-outer nominalement pour rechercher la fame, quoi, et par fame j’entends intégration sociale […] quand tu as un droit d’exclusion, c’est que tu fais partie de la communauté.

Camille, 29 ans

[…] plus tu call-out des gens et plus ça garantit ta pureté…

Kamil, 36 ans

Ces deux enquêté·e·s lient ainsi call-out, intégration sociale et processus de « starification », ce qui suggère que l’acte de call-out une autre personne n’est pas toujours fondé exclusivement sur le besoin d’obtenir une forme de réparation ou de justice. Au contraire, il peut s’agir d’une volonté d’intégration ou d’un besoin de réaffirmer sa légitimité à évoluer dans les communautés concernées. Le call-out peut donc également se lire comme un exercice de mise en scène du soi sur les réseaux sociaux :

… j’ai vu tout le milieu attraper du pop-corn, prendre position… de quoi exactement ? c’est juste deux personnes malheureuses qui se dénoncent du fait d’être malheureuses… ça n’a servi absolument à rien, quoi… et j’ai trouvé ça vraiment dégueulasse, la manière dont certaines personnes trans, pour se donner une espèce de badge de bon·ne allié·e, prenaient la défense d’Annabelle […] Et ce truc d’avoir un petit pouce levé sur un statut Facebook, ça omet complètement, je trouve, la question réelle du besoin d’écoute […] Ça déresponsabilise vachement les call-out sur les réseaux sociaux du point de vue de la personne qui prend position. T’as juste à prendre position en partageant le statut ou en likant le statut alors que si t’étais dans la vraie vie, tu serais probablement obligé·e de prendre une demi-heure avec la personne pour la calmer, l’éloigner dans un espace, j’en sais rien, boire une bière avec elle et tout, et sur les réseaux en fait t’as pas ça […] ça te permet de t’intégrer et de chercher de l’affinité avec d’autres personnes qui partageraient ta position…

Camille, 29 ans

Ainsi, le call-out semble avoir évolué en véritable code socio-culturel qui permet de se mettre en scène et de prendre part aux débats communautaires sans vraiment prendre de risque et sans s’engager dans une prise en charge psychologique des parties concernées.

Trois enquêté·e·s expliquent que cette frilosité quant à la prise en charge des difficultés psychologiques des autres membres de nos communautés peut s’expliquer par la nature de ces communautés : elles rassemblent des personnes qui ont vécu des traumatismes multiples et qui n’ont pas les moyens d’apporter de solutions aux traumatismes des autres. C’est pourquoi il serait plus facile de s’engager de loin, en prenant parti sur un post. Kai Cheng Thom propose de prendre en charge le traumatisme à un niveau collectif plutôt qu’individuel pour réduire la distance entre les personnes queer (Thom, 2019). Cependant, les enquêté·e·s ne sont pas optimistes et ne pensent pas qu’une prise en charge communautaire soit suffisante pour aider les personnes en difficulté. Selon Camille, il faudrait une prise en charge professionnelle, qui n’est pas disponible pour des raisons matérielles (coût des consultations en santé mentale) ou politiques (professionnels transphobes).

Alternatives au call-out et nouvelles initiatives pour l’inclusivité

Loin d’être uniquement observatrices de ces dynamiques d’exclusion qu’elles jugent injustes, les personnes trans et queer s’emparent de la question du call-out et des problèmes posés par une forme d’inclusivité trop théorique et proposent des alternatives. On peut notamment citer les idées défendues par les enquêté·e·s, qui créent des espaces à mixité plus réduite, comme par exemple des groupes en non-mixité trans racisé·e·s. Le recours à la communication non-violente pour éviter d’envenimer les conflits présents est également assez présent ; il s’agit d’accepter le conflit comme partie intégrante des relations sociales et de ne pas le catégoriser systématiquement comme violence afin de pouvoir communiquer activement sur ses besoins et ses torts (Thom, 2019). Le call-in, version privée du call-out est également proposé comme alternative (Ahmad, 2015). Il s’agit de confronter la personne autrice de violences directement mais en privé avant de porter l’affaire en public afin de lui donner l’occasion de s’expliquer, de s’excuser, d’apprendre de ses erreurs. Il s’agit d’une tentative de réhabilitation. La solution du partage d’espace a été largement abordée par les enquêté·e·s. Lorsque deux personnes ne supportent plus l’idée de fréquenter les mêmes espaces suite à un conflit important, un partage d’espace peut être envisagé pour ne pas avoir recours à l’exclusion totale d’une des parties ; ainsi, les deux personnes restent intégrées dans leurs milieux mais évitent de se croiser pour que le climat soit tolérable pour elles. Les collectifs queer ont également massivement recours à la médiation, qui est une forme de gestion du conflit qui fait intervenir une tierce personne afin de mettre les deux parties d’accord. Il s’agit de laisser les deux parties exposer les faits, exprimer comment elles se sont senties, puis d’arriver à un accord. La médiation peut cependant ne pas fonctionner si les parties ne respectent pas la clause de confidentialité au cœur du projet. Enfin, les groupes de sensibilisation sont également remis au goût du jour : des personnes non-concernées par une oppression peuvent être invitées à se renseigner collectivement sur la question et de s’entre-éduquer sans l’aide des personnes concernées pour ne pas faire peser sur elles le poids de la pédagogie. Par exemple, la Queer Week a eu recours à ce type de stratégie pour sensibiliser l’équipe de l’édition 2020 sur le racisme et la blanchité. Elo explique :

C’est un truc du style on leur donne des devoirs, ils apprennent c’est quoi le racisme etc et ils nous font un retour un topo et nous on corrige, en gros, comme à l’école tu fais un exposé. Et du coup on a dit on va les responsabiliser parce que nous on n’a pas l’énergie, on n’a pas le temps, on est fatigué, ça nous blesse, ça nous coûte, j’ai proposé ça, les autres ont dit oui […] et du coup ça a marché et deux personnes blanches de l’équipe ont géré, du coup, toute la discussion tout ça et on était deux personnes racisées présentes ce soir là pour donner notre avis, gérer la discussion, pour aussi réexpliquer des choses…

Elo, 24 ans

Les communautés queer ne se contentent pas de proposer des alternatives, elles contribuent également à théoriser les problèmes liés au call-out et à sensibiliser sur les dangers des dynamiques socio-culturelles qui font encore actuellement norme en ligne et dans la programmation événementielle. En effet, par exemple, certains festivals proposent des journées de réflexion sur les questions de « justice » intra-communautaire. De plus, la naissance récente du collectif FRACAS, qui offre une prise en charge professionnelle des conflits en milieux queer marque un nouveau tournant dans l’évolution des politiques de sociabilité queer.

Les événements récents, d’une nature extrême, ont également permis une prise de conscience plus large des oppressions liées à la classe et à la race dans les milieux queer ; de nouvelles conceptualisations de la notion d’inclusivité, plus concrètes, voient le jour. En effet, la crise sanitaire liée au Covid-19 a privé de nombreuses personnes trans travailleuses du sexe ou travaillant de façon non déclarée de leur source de revenu et a exposé de nombreuses personnes trans racisé·e·s aux violences policières. Des initiatives solidaires ont été concrétisées par les associations et des « pots communs » mis en place spécifiquement pour les personnes trans TDS sur les réseaux sociaux, par exemple. De nouvelles solidarités ont donc vu le jour lors de la crise sanitaire grâce à un travail de sensibilisation et de communication de la part des associations à l’origines de ces initiatives. Le mouvement #BlackLivesMatter, qui a pris une ampleur sans précédent sur les réseaux sociaux et a mobilisé de nombreuses personnes blanches lors de manifestations contribue également à ouvrir les esprits sur le problème du racisme ordinaire qui s’immisce aussi jusque dans les milieux militants queer. En règle générale, un effort pour mettre en adéquation le discours inclusif avec la pratique commence à se faire sentir et les communautés queer explorent une nouvelle conceptualisation des espaces safe : les espaces safe comme espaces où l’erreur est permise (Hartal et al., 2018).

Limites de la présentation

Pour des raisons pratiques, cette communication ne prend en compte que les problèmes liés au discours sur l’inclusivité et au call-out sans prendre le temps d’explorer la notion d’identité collective ou sans entrer dans le détail des débats internes aux communautés transgenres. Les contraintes de format ne m’ont également pas permis de détailler les différentes formes de call-out identifiées par mes enquêté·e·s. Par exemple, les call-out dénonçant des agressions sexuelles ont des particularités en milieu queer, mais un tel sujet mériterait que l’on y accorde une communication complète si l’on veut éviter de schématiser la situation. La crise sanitaire a également limité les résultats de l’enquête car elle a abouti à l’annulation de six entretiens qui auraient permis de diversifier les perspectives.

Conclusion

Ainsi, il s’avère que le discours sur l’inclusivité tenu par les communautés queer et trans entre en contradiction avec les politiques censées garantir cette même inclusivité. En effet, un décalage oppose la théorie et la pratique des milieux militants. Toutefois, bien que des dispositifs comme la non-mixité ou le call-out aient pu être critiqués car ils contribuaient à reproduire des schémas d’oppression transphobes, racistes et classistes, les communautés étudiées œuvrent pour une nouvelle prise en charge des discriminations au sein de leurs espaces. Ainsi, de nouvelles solidarités voient le jour, des travaux théoriques sur les dangers du call-out fleurissent, et des modes de gestion du conflit plus respectueux de l’humanité des parties sont actuellement pensés et testés. Loin de rester sourdes à ce problème de reproduction de schémas issues de l’hétéropatriarcat, les communautés travaillent activement dans le but d’imaginer de nouvelles façons de faire communauté.

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Noah Wourlod

Noah Wourlod est titulaire d’un master en civilisations anglophones décerné par l’Université Paris Diderot et l’ENS Paris-Saclay. Ses sujets de recherche depuis le M1 incluent la santé sexuelle des personnes trans en Afrique du Sud, les subcultures trans en ligne, ainsi que la culture festive queer et trans du Cap. Il mène cette année un travail de recherche sociologique sur les conflits internes aux communautés trans françaises au sein du master sur le genre proposé par l’EHESS.